IV. Conclusion
  
La campagne de fouille 2002 marque une étape décisive dans le projet de fouille engagé à Ribemont depuis treize ans. On dispose désormais d’une vision générale des vestiges cultuels gaulois mais aussi du sanctuaire gallo-romain, au sens spatial strict. Sur une superficie de trois hectares, les principaux éléments structuraux des aménagements gaulois puis de leurs successeurs gallo-romains sont identifiés, datés pour leur plus grande part. Un matériel archéologique extraordinairement riche a été mis au jour. Et les grandes incertitudes ne concernent plus maintenant que la fonction de certains aménagements et l’interprétation cultuelle proprement dite. Ces points d’ignorance sont intrinsèques à ce genre de recherche et il ne faut pas espérer pouvoir les lever tous. Dans cette recherche interprétative désormais l’étude approfondie du matériel et la synthèse de toutes les données apporteront beaucoup plus que des travaux sur le terrain qui viseraient l’exploration exhaustive du site.
   
Il est patent que les deux urgences sont la publication des données de la fouille et la sauvegarde du matériel archéologique. Ce sont deux tâches plus considérables qu’on ne saurait l’exprimer par la parole. Il faut constater la quantité, la fragilité et l’intérêt de ce matériel pour mesurer exactement les travaux à envisager. Dans ce domaine, le Département de la Somme a déjà beaucoup œuvré, en créant un Centre sur place, en le dotant de laboratoires d’étude et d’espaces de stockage, en finançant trois postes de techniciens. Cette même collectivité territoriale entend poursuivre son effort, en créant d’ici un an un Dépôt de fouille encore mieux adapté, à l’étude, au traitement  et à la conservation de ces collections uniques ( pour les armes et les os humains gaulois notamment ) dans toute l’Europe celtique. Ces efforts ne seront pas suffisants dans cette course contre la montre qui permettrait de ralentir la corrosion du métal, d’effectuer une étude exhaustive des objets et de restaurer ses plus beaux représentants. Soit il faudra un financement qui permette la restauration par des laboratoires de type privé ou pseudo-privé ( IRRAP à Compiègne, Musée de Guiry-en-Vexin, etc.), soit il faudra envisager la création d’au moins un poste de restaurateur sur place. C’est à ce prix que le site de Ribemont pourra dignement prendre place auprès des grands sites celtiques, tels que La Tène en Suisse, Manching, Glauberg et Hochdorf en Allemagne et le Mont-Beuvray en France. Taire ces difficultés mais aussi ces enjeux scientifiques et patrimoniaux, c’est préparer une catastrophe archéologique, telle celle que connaît la collection similaire de Gournay.
  
Pour notre part, nous avons désormais en charge le travail de publication, déjà largement entamé. Celui-ci s’accompagne de travaux d’étude qui nécessitent les premiers traitements que nous accomplissons nous-mêmes, sans les moyens adéquats. Ces travaux seront accomplis coûte que coûte et quels que soient les choix décidés par les administrations concernées (Ministère de la Culture et CNRS). C‘est pourquoi nous proposons ci-après un nouveau programme triennal mixte, portant à la fois sur la publication et sur une série de sondages complémentaires destinés à faciliter celle-là.