| III. Vestiges de l’époque gallo-romaine |
| Les structures de l’époque gallo-romaine n’ont pas fait l’objet d’un programme de fouille, répondant à une problématique précise. Cependant, comme toujours sur le site, des niveaux et des aménagements architecturaux gallo-romains ont été rencontrés au cours de la fouille des grands ensembles gaulois. Ils se répartissent en deux ensembles. C’est tout d’abord une installation culinaire du début de l’époque augustéenne qui se rattache plutôt à la tradition militaire gauloise mais qu’on évoquera ici pour des raisons chronologiques. C’est un ensemble d’informations nouvelles concernant les deux quadriportiques de l’espace sacré et de l’“esplanade”. |
| III.1. La “cuisine” de La Tène D2. ( F 606 ) |
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Lors
de la campagne 2001, un foyer aménagé (FY 501 ) avait été
rencontré dans le remplissage supérieure du fossé F 431, au niveau de
la section US 490. Ce foyer, situé à 50 cm de profondeur sous le sol
actuel, se présentait comme une sole aménagée, de plan carré et de
60 cm de côté. Il s’agissait d’un épandage de tessons de céramiques
noyés dans une sorte de mortier argileux, le tout ayant 4 à 5 cm d’épaisseur.
A la surface de ce foyer se trouvait une couche épaisse de cendres et
de charbons de bois contenant des os animaux, de la céramique et
quelques objets de fer.
Trois monnaies découvertes dans la partie haute du remblai de cette structure ( 2 monnaies gauloises des Ambiani et un quinaire de la République daté de 40 av. J.-C. ) indiquaient que la structure est datable de l’époque augustéenne au sens large. L’exiguïté du sondage ne permettait cependant pas de comprendre exactement la nature de ce foyer. |
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| La campagne de 2002 avait donc, entre autres objectifs, de continuer la fouille de ces niveaux vers le sud, dans la section US 582. Ils ont pu être fouillés dans leur totalité. Et il est possible de décrire l’ensemble qu’ils forment avec les vestiges découverts en 2001. Il s’agit d’un ensemble de fosses, de trous de poteau et de foyers installés très précisément dans le remplissage supérieur du fossé de l’enclos F 431, sur une longueur de 12 m. Ces structures présentent un plan régulier et ordonné. |
| C’est une grande dépression ( F 606 ), en forme de cuvette rectangulaire à fond plat, de près de 15 m de longueur, dont le fond devait se situer à peu près à 80 cm de profondeur sous la surface du sol gaulois. La largeur, au niveau du sol, de cette cuvette était d’environ 4m et de 2m40 dans le fond. L’extrémité nord était occupée par une fosse ( F 603 ), circulaire de 2m50 et qui avait partiellement entaillé la paroi du fossé F 431. Cette fosse à fond arrondi, contenant de nombreux os animaux et de la céramique, paraît avoir servi de fosse détritique. La similitude entre le matériel trouvé en elle et celui provenant du reste de l’installation indique que les structures ont fonctionné parallèlement. | ![]() |
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Le reste de la structure présente une allure beaucoup plus régulière avec des parois rectilignes. Dans la partie nord a été rencontré un nouveau foyer aménagé, tout à fait similaire à celui de 2001 : sous la forme d’une sole, de plan carré, constituée d’un lit de tessons. A l’extrémité sud, les vestiges forment un plan plus organisé. Trois trous ( P574, P604 et P605 ) forment un angle droit et dessinent un rectangle dont l’un de angles pourrait être marqué par un quatrième trou, probablement disparu dans la tranchée de repérage de l’enclos F 431, effectuée au début de la campagne 2001. Entre ces trous se trouvait une grande plaque de terre cuite ( FY 504 ). | |
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| Ces
trous doivent certainement être interprétés comme l’empreinte dans
la structure de petits poteaux, arrachés assez vite et remblayés avec
la couche de cendres et de charbons de bois qui recouvrait la plaque de
foyer. La structure dessinée par ces trois trous de poteaux est un
rectangle de 4m par 2m. Il est loisible de voir en elle une grande table
ou un grand grill posé au-dessus du foyer.
Un matériel très abondant a été découvert dans la grande fosse et surtout dans la fosse détritique située au nord. Il s’agit pour l’essentiel d’os animaux ( plus d'un millier de restes ), de céramiques ( 296 ) et d’objets en fer. Les os animaux ont été nettoyés et enregistrés et sont en cours d’étude. La céramique se trouve dans la même situation. Son traitement révèle cependant qu’il s’agit d’une production du tout début de l’époque augustéenne. Parmi elle se trouvait un col d’amphore vinaire Dressel Ib, de même origine que les précédents fragments d’amphore trouvés sur le site et toujours issus de l’horizon –30, -20. Le mobilier métallique est relativement abondant, d’autant plus sil l’on considère sa masse ( il s’agit assez souvent de grands objets parfois volumineux ). 75 pièces ont été enregistrées. Parmi elles 41 armes sont attribuables avec certitude ( d’après leur typologie ) au niveau ancien du fossé. |
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| Ce sont des vestiges du IIIè siècle qui ont été remontés lors du creusement de la fosse ( rappelons qu’en 2001 une calotte crânienne humaine avait été découverte qui provient également du remblai initial du fossé ). 34 objets paraissent attribuables à la structure tardive. Ces objets renseignent à la fois sur la construction des installations, leur fonction et l’identité des utilisateurs. Une épaisse tige pointue ( n° 02.49 ) et un grand piton ( n° 02.66 ) étaient, de toute évidence, utilisés dans l’assemblage de bois de charpente. Dix objets énigmatiques, courants sur les sites cultuels de La Tène finale, ont été rencontrés. Il s’agit de bandes de métal dont l’extrémité est évasée en forme de spatule et l’autre en cornet. Leur présence significative dans cette installation culinaire est un élément intéressant pour leur identification : ce sont des objets liés à l’usage du feu et plus précisément de la cuisson. Quatre outils confirment ce type d’activité ; ce sont un couteau à douille ( n° 01.1123 ), un couteau à douille à extrémité recourbée ( n° 02.53 ), une grande pelle à feu ( n° 02.147 ) et un fragment de croc à viande ( n° 02.186 ). A ces pièces il faut ajouter des éléments d’ustensiles également caractéristiques : deux anses de chaudron ( n° 01.667 et 01.1223 ) et un anneau de chaudron ( n° 02 .185 ). Enfin plusieurs armes et éléments d’équipement confirment encore la présence guerrière : une pointe de pilum ( n° 01.296 ), une entrée de fourreau avec large pièce de suspension ( n° 01.290 ), une pointe d’épieu ( n° 01.1009 ), une paragnathide de casque ( n° 01.1558 ), un élément de mors ( n° 01.665 ), un crochet de ceinture ( n° 01. 1213 ). Tous ces éléments se rattachent à l’horizon dit d’Alésia et peuvent être caractéristiques des troupes gauloises auxiliaires. |
| L’interprétation fonctionnelle de cette installation est relativement aisée, au moins dans ses grandes lignes. Il s’agit de structures de combustion pour la cuisson des aliments. Les restes animaux, la céramiques et les ustensiles de cuisine et de boucherie nous en persuadent largement. Les structures sont suffisamment lisibles pour qu’on en reconstitue le fonctionnement : installation de type grill, foyers au sol et réceptacle pour les détritus. Il est plus difficile de déterminer si ces activités se déroulèrent dans un cadre strictement cultuel ou si elles pouvaient être de nature profane ou funéraire. Nous avons la certitude que ce sont tenus ici des banquets mais deux éléments demeurent intrigants. C’est, d’une part, l’emplacement précis des foyers, sur le fossé de l’enclos F 431 dont la palissade avait détruite et le fossé rebouché depuis plus de deux siècles. C’est, d’autre part, leur position inhabituelle au fond d’une fosse. A la première question, posée dès la campagne de fouille précédente, on avait déjà proposé une réponse : le choix de l’emplacement aurait pu être dicté par la présence des stèles de grès dont on sait qu’elles furent réutilisées dans les années qui suivirent. Il n’y a guère d’argument nouveau à ajouter pour étayer cette hypothèse, si ce n’est la découverte dans la périphérie immédiate de nouvelles stèles, découverte qui indique bien que la concentration maximale des blocs de grès se situe précisément dans la périphérie nord-orientale de l’enclos F 431. A la seconde question ( pourquoi des foyers installés dans des fosses ? ) nous ne pouvons apporter de réponse pour l’instant car les cuisines, qu’elles soient sacrificielles ou non, demeurent mal connues à cette époque. |
| Les éléments d’interprétation les plus pertinents sont certainement à chercher dans une étude plus poussée du matériel archéologique, plus précisément du point de vue de sa datation et de la détermination d’ensembles synchrones. Tous les gisements riches en matériel de La Tène D2 paraissent appartenir à même horizon qui se situerait aux environs de –30, -20. Il est probable que cette datation ne pourra guère être affinée. En revanche, les ensembles monétaires ou typologiques pour les armes et la céramiques, ainsi que pour les amphores devraient pouvoir confirmer qu’on a affaire à une synchronie presque parfaite, de l’ordre de quelques années, correspondant à la période de destruction des installations gauloises et au nivellement du terrain. Dans ce cas, ces banquets s’inscriraient dans le cadre du démontage consciencieux et respectueux des vestiges gaulois ; ils auraient un caractère peu ou prou cultuel. Quoiqu’il en soit, la chronologie du matériel métallique et céramique ( amphores plus particulièrement ) de cette période se resserre et il n’est plus possible de supposer, comme nous l’avions fait antérieurement, une période relativement longue, de l’ordre de plusieurs décennies, marquée par une activité cultuelle, essentiellement commensale. |
| III.2. Les quadriportiques |
| Les cinq sondages réalisés dans la zone 3, à l’est de l’enclos F 431, le sondage effectué à l’ouest pour déterminer le tracé de F 520 ( zone 1 ) et le sondage effectué sur le côté occidental de l’enclos carré ( zone 4 ) ont chacun enrichi la documentation concernant les quadriportiques. |
| Nous commencerons par le quadriportique de l’espace sacré, côté ouest. Rappelons que ce quadriportique, comme celui de l’“esplanade”, a été créé dans les années 80 ap. J.-C. et qu’il a ensuite été réutilisé au moment de la construction du grand temple. On ignore cependant à quel moment il fut détruit définitivement. Son tracé, sur le côté ouest, était approximativement connu, il pouvait tout au moins être conjecturé à partir des deux angles nord-ouest et sud-ouest fouillés précédemment. Le sondage effectué sur une largeur de deux mètres apporte de nouvelles données. D’une manière générale, sur cette section située entre 8 et 10 m de l’angle nord-ouest, le portique apparaît relativement bien conservé, puisque le stylobate est encore en place et que le mur de fond, bien que récupéré, montre une assise en place. Le stylobate est de même nature qu’il est dans les deux angles. C’est un muret, constitué de gros blocs de craie, d’une hauteur de 40 à 50 cm et d’une cinquantaine de cm de largeur. Les blocs ne sont pas liés entre eux mais simplement accolés et le plus souvent reposent directement sur la couche géologique. Certains blocs sont posés sur un lit de craie qui n’est pas une fondation à proprement parler mais qui est destinée à rattraper la différence de hauteur des différents blocs. Le mur de fond est construit en petit appareil de craie reposant sur une fondation débordante et formant une cuvette marquée. On n’observe entre les deux murs aucun sol ni aucune préparation de sol. En revanche, une couche de remblai disposée au-dessus d’une couche de limon préalablement décaissée, est intéressante : elle est en grande partie constituée de fragments d’enduits peints de même mortier et de même décor que ceux découverts plus au nord, dans le portique au niveau de l’angle et surtout au pied de l’escalier latéral ouest du grand temple. |
| Il se confirme ainsi que le portique occidental de l’espace sacré présente une allure totalement différente des portiques oriental et septentrional sur lequel des fragments de fresque précoce étaient encore en place et où le stylobate était matérialisé par muret en petit appareil de tuf. Il ne fait nul doute que les vestiges auxquels nous avons affaire ici datent de la dernière construction du temple, à la fin du IIIè siècle. Les enduits peints qui appartiennent à un type qui n’a été rencontré que dans le secteur oriental pourraient provenir de la destruction du premier état du grand temple, comme semble l’indiquer leur répartition, passant par l’escalier du temple, l’angle du quadriportique puis le portique ouest. | ![]() |
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| Il faut alors se demander s’il demeure des traces de l’état flavien de ce portique. A coup sûr elles ne sont guère évidentes. Le stylobate qui sur le côté oriental est matérialisé par une fondation, semble avoir ici totalement disparu. Quant au mur de fond, son élévation est probablement tardive puisque ailleurs dans l’état flavien les premières assises sont toujours constituées de moellons de tuf. Le recreusement de toute cette zone semble avoir donc été important au moment de la construction du grand temple : il a fait disparaître une partie des murs et surtout les sols anciens, ce qui explique qu’on ne rencontre ici aucun fragment de la fresque qui couvrait les murs de fond et qui appartient au IIIè style pompéien. |
| Les autres sondages documentent le quadriportique de l’“esplanade”. Dans l’angle sud-est, les portiques apparaissent sous des formes très remaniées et tardives. Sur le côté méridional, le long du fossé F 612, le mur de clôture de l’époque néronienne a laissé des vestiges sous forme d’une fondation bien reconnaissable grâce à sa réalisation inhabituelle : ce n’est pas un massif de craie damée mais une tranchée remblayée de mortier et de blocs de tuf. Sur le côté oriental, le long du fossé F 614n le mur ce premier enclos en pierre n’a pas laissé de trace, bien que 30 m plus au nord, à proximité du puits P 34, il soit encore bien conservé, sous la forme d’une élévation de deux à trois assises. Sur ce même côté oriental, le portique est relativement bien conservé mais il s’agit probablement d’un deuxième état, voire même de deux murs appartenant à deux états différents. En effet, du stylobate ne demeure plus que la fondation superficiellement arasée et dont on ne possède plus de relation stratigraphique avec le mur de fond. Le mur de fond dont la fondation est installée dans un niveau de destruction paraît dater du Bas-Empire. Il est remarquable que ce mur soit consolidé par des contreforts très rapproché, parfois tous les 50 cm. La présence de semblables contreforts avait déjà été notée plus au nord, au sud du grand puits. Les observations effectuées sur les portiques sud et ouest de ce même quadriportique de l’“esplanade” et qui seront exposées plus bas, suggèrent que sous cette forme contrefortée, le mur pouvait n’être plus qu’un simple mur de clôture, le reste du portique ayant été démonté. |
| En effet, sur le côté sud, le stylobate n’apparaît plus, comme s’il avait été démonté entièrement. D’autre part à l’extérieur de l’angle sud-est se trouve une exèdre, probablement datable du Bas-Empire, équivalente de l’exèdre du nord-est ( Ex 13, cf fig. 78 ) qui, elle, est bien datée du Bas-Empire. Cette situation se retrouve sur le côté occidental ( zone 1 ). Là les deux murs parallèles du portique sont visibles à travers leur fondation. Cependant celle du stylobate est plus profondément arasée. Cependant l’information majeure tient à la présence de deux voies empierrées de silex dans le portique et de chaque côté du stylobate, comme si on avait affaire à deux voies parallèles séparées par un léger terre-plein constitué par une rangée de blocs de grés et par la fondation arasée. La voie la plus occidentale s’appuie contre la fondation dont le pied a été recreusé pour l’installation de la couche de silex. Il n’est donc pas exclu qu’au moment de l’installation et peut-être même de l’utilisation de ces voies le mur de fond existait encore comme simple mur de clôture. En tout cas, le stylobate lui avait été démonté. Il semble donc qu’au Bas-Empire le quadriportique de l’“esplanade” n’existait plus mais qu’il avait été remplacé par une clôture. Il est possible également qu’assez tôt, l’“esplanade” soit devenue un espace ouvert. |
| En effet, on conçoit assez mal que cette importante voie de communication ( au moins par la construction et par les matériaux qu’elle a permis de transporter ) se soit implantée à l’intérieur d’un espace plus ou moins sacré. |
| III.3. Aménagements du Bas-Empire ( voies empierrées ) |
| Ces voies mises en évidence partiellement dans la zone 1 viennent pour l’essentiel d’être décrites. Il convient cependant d’ajouter quelques informations supplémentaires et de les mettre en relation avec la zone d’habitat contiguë à l’ouest. Ces voies constituées d’un empierrement massif ( 20 à 30 cm d’épaisseur de silex ) n’ont été observées cette année que sur deux mètres mais elles avaient déjà été vues en stratigraphies le long du chemin actuel et elles sont bien observables sur les photographies aériennes de R. Agache. Elles paraissent occuper toute la bande correspondant au portique ouest mais s’interrompent avant l’angle nord-occidental où les coupes stratigraphiques indiquent qu’elles ne l’atteignent pas. Les deux voies parallèles s’interrompent donc au niveau de la cour de l’habitat du secteur 9, cour délimitée par trois bâtiments sur les côtés nord, ouest et sud. |
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Or il se trouve que cette cour d’environ 350 m2 de superficie est occupée par une grande fosse à fond plat, peu profonde et de nature certainement artisanale. L’importance de cette structure, qui n’a été que sondée, et la nature de son remblai, constitué pour l’essentiel de de déchets de taille de pierre, suggèrent qu’elle a pu être utilisée à la confection de matériaux de construction. La céramique et les monnaies qui y ont été découvertes indiquent une datation tardive, à partir du IIIè siècle. A l’évidence, cette aire artisanale et les voies sont liées. Ces dernières ont pu servir au transport de matériaux qui étaient mis en œuvre ici pour être utilisés à proximité ( reconstruction du temple par exemple ) ou pour récupérer des matériaux ( issus de la destruction du premier état du grand temple ). | |
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| Seule une fouille exhaustive de cette
fosse et l’analyse de son sédiment et du matériel archéologique
associé pourront permettre de trancher entre les deux hypothèses. |