I.3. Problématique de la campagne de fouille 2002.
  
La nouvelle demande de fouille d’un an a été présentée comme un complément à l’autorisation triennale précédente. Elle s’inscrivait donc uniquement dans la continuité des travaux effectués en 2001.
    
L’objectif principal était de continuer la documentation de l’enclos polygonal (F 431), tant par le plan que par le mobilier recueilli, de façon à en avoir une connaissance quasi complète qui permette de confirmer les hypothèses proposées ou de les amender. L’objectif secondaire était d’obtenir une meilleure connaissance de la périphérie du même enclos sur les côtés occidental et oriental où avaient été rencontrées des fosses ou des niveaux de sol remanié contenant un mobilier assez abondant.
   
Fig. 37 : Plan de l'enclos polygonal en 2002.
 
Pour comprendre les enjeux de la nouvelle campagne de fouille sur l’enclos polygonal, il est nécessaire de rappeler comment celui-ci a été fouillé en 2001. Dès que les premières coupes stratigraphiques eurent montré que le remblai du fossé n’était pas stratifié mais se traduisait par une masse de sédiment homogène du fond jusqu’à la base de la terre arable ( excepté des zones ponctuelles où se trouvent des aménagements de La Tène D2 ), il est apparu que le matériel, relativement abondant, présentait le plus grand intérêt pour la compréhension du rôle de cet aménagement puis de sa destruction. Il est devenu très vite clair que ce matériel était sélectionné, de la façon curieuse qui a été exposée plus haut. Exhumer le plus possible de matériel afin de mettre en évidence sa représentation très régulière est donc devenu la priorité. Pour cela il a fallu extraire le sédiment sur une longueur de fossé de près de 50 m de long. Cela n’a pu être fait qu’à l’aide d’outils lourds, tels que bêche et pelle. Contrairement à ce que pourraient croire des fouilleurs non familiarisés avec le limon de Ribemont et le matériel archéologique qui en provient, ce type de fouille ne s’est pas traduit par le bris fréquent des objets ( la fouille de 2002 a même montré que les étudiants inexpérimentés détériorent beaucoup plus les objets avec une langue de chat ou, pire encore, avec un instrument de dentiste ). Néanmoins la fouille effectuée avec des gros instruments peut laisser échapper des petits objets et des macrorestes ; elle ne permet pas non plus de repérer toutes les particularités du remplissage. Par ailleurs, en 2001, le fossé avait été divisé en sections de fossé dont le choix de l’emplacement et la longueur avaient été déterminés en fonction de la présence de deux grandes coupes préalables. Ces sections ne permettaient pas l’étude précise de la répartition topographique du matériel et celui-ci n’avait pas été enregistré non plus en fonction de son altitude.
  
Nous avons donc fait le choix de pratiquer une fouille beaucoup plus fine avec trois objectifs :
1 . Conserver et enregistrer tout le matériel non originaire du substrat géologique.
2 . Documenter la répartition de celui-ci dans l’espace ( par sections d’1m ) et en altitude ( par niveaux artificiels de 15 cm d’épaisseur ).
3 . Acquérir la connaissance la plus globale de la structure.
  
Le deuxième objectif, celui d’obtenir une meilleure connaissance de la périphérie de l’enclos polygonal ( F431 ), s’est traduit par une triple exploration dans trois zones différentes. Sur le bord extérieur oriental de l’enclos, il s’agissait d’identifier une couche sous la terre arable qui livre de nombreux objets métalliques de La Tène moyenne et de La Tène D2. Sur le bord extérieur occidental de l’enclos, il s’agissait de fouiller des fosses repérées en 2001 et non fouillées et éventuellement d’en mettre d’autres en évidence. Enfin, dans une perspective spatiale plus large, nous voulions connaître la nature et la chronologie d’un fossé repéré en 1994, à 40 m au sud-est de l’enclos. Ces trois objectifs ont été atteints. Dans les trois cas, la fouille a livré des éléments architecturaux et mobiliers suffisants pour une connaissance acceptable de ces zones. Dans deux de ces zones, à l’ouest et au sud-est,  nos travaux ont été poursuivis beaucoup plus loin que ce qui était prévu.
   
I.4. Emplacement des zones de fouille en 2002.
  
Fig. 38 : Plan de répartition des zones.
  
Les travaux ont été réalisés dans quatre zones et sous des formes diverses.
La Zone 1 est la plus vaste. Il s’agit d’un décapage de 400 m2 environ qui prolonge vers l’ouest le décapage de l’enclos polygonal effectué en 2001. En cette zone le fossé F 431 a été entièrement fouillé en direction du sud jusqu’à la limite de parcelle. Les nouvelles sections de ce fossé ont été fouillées à l’aide de petits instruments. Un nouveau fossé ( F 520 ) a été dégagé sur toute sa longueur repérable et fouillé de la même manière que le fossé 431. Enfin 13 nouvelles fosses ont été fouillées dans l’angle occidental formé par ces deux fossés. Partout le décapage réalisé superficiellement jusqu’à la couche de remblai gallo-romaine a ensuite été manuellement poursuivi jusqu’à la couche géologique.  

Fig. 39 : Cliché de la zone 1.

La Zone 2 est l’équivalente, à l’est de la zone 1. Elle est cependant nettement moins vaste : le décapage a été testé sur 50 m2 et interrompu quand la nature des couches présentes a été reconnue. Dans cette zone c’est donc le fossé F 431 qui a été fouillé toujours à l’aide de petits instruments également en direction  du sud jusqu’à la limite de parcelle. La fouille a également porté, pour une part non négligeable, sur un ensemble de structures ( F606, FY604, FY605 et P574 ) de La Tène D2 installées dans la partie supérieure de ce même fossé.  

Fig. 40 : Cliché de la zone 2.

    
La Zone 3 est située au sud-est de la zone 2.

C’est un ensemble de cinq sondages destinés à mettre en évidence et à documenter un nouvel ensemble de fossés ( F 612, F 613 et F 614 ) et à reconnaître la présence ou non de sols anciens.
Ces sondages ont également permis de reconnaître le plan de l’angle du grand quadriportique de l’“esplanade”.

Fig. 41 : Cliché de la zone 3.

   
La Zone 4 est, de loin la plus exiguë en superficie. C’est une bande de décapage destinée à reconnaître la présence ou non du côté occidental de l’enclos quadrangulaire, côté qui serait contemporain des trois côtés déjà connus. Ce décapage a permis de documenter une nouvelle section du quadriportique de l’espace sacré.
    
I.5. Traitement et analyse du matériel.
   
L’ensemble du matériel découvert lors de la campagne 2002 ( soit 5119 restes dont  434 objets inventoriés ) a été immédiatement nettoyé, recollé, traité ( pour le métal notamment ) puis conditionné de façon définitive. Le métal, les ossements, la céramique, les fragments de torchis et de scories ont été conservés ; les blocs de pierre ont été dénombrés et échantillonnés.
   
Les ossements humains ont fait l’objet d’une première analyse consistant en leur identification, leur latéralisation et l’observation des traces de coups et des différentes sortes de détérioration. Henri Duday a pu étudier une partie de ce matériel et mettre en évidence les traces de découpes ou de coups de combat. Des calculs de nombre minimums d’individus ont été tentés sur les principaux os longs.
   
La céramique a de même manière fait l’objet d’un premier examen de la part de Claude Malagoli, dans le prolongement de l’étude qu’il avait réalisée en 2001 sur la première partie de la collection.
   
Les objets en fer ont été nettoyés mécaniquement de façon superficielle et consolidés par J.-L. Brunaux. Celui-ci a procédé à leur identification et à leur dénombrement. Mais le relevé dessiné n’a pu être effectué.
   
Ce sont ces travaux qui ont rendu possible des premières analyses de distribution dans l’espace et de représentativité dans les différentes structures. La chronologie repose autant sur l’étude de ce matériel que sur les données stratigraphiques. Enfin l’examen approfondi de l’état de conservation de ces différents objets ( os humains surtout mais aussi, dans une mesure non moins négligeable, métal et céramique ) apporte des données précieuses sur la fonction de ce matériel et la cinétique des dépôts.
II. Les vestiges de l’époque latènienne.
    
La campagne de fouille 2002 se caractérise  par l’éloignement spatial de la zone habituelle d’exploration. Pour la première fois, depuis 13 années, nous sommes trouvés séparés par 40 m de l’enclos quadrangulaire. Cette distance s’est traduite par un recul nécessaire par rapport aux gisements exceptionnels et pesants du secteur septentrional et par une meilleure appréciation de l’ensemble du site. Cette meilleure appréhension du site ne se limite pas à la seule connaissance des structures mais s’étend  à celle de la diversité des gisements et du matériel.
    
Désormais, nous disposons d’une vue relativement globale d’un site aménagé dont la surface est d’environ trois hectares. La campagne de fouille 2002 marque donc une étape importante. Elle signifie que notre connaissance des vestiges gaulois de Ribemont-sur-Ancre est peut-être suffisante et que les principales incertitudes concernent l’extension maximale du site, c’est-à-dire le champ de bataille présumé dont nous ignorons à quelle distance il se trouve et par quels vestiges archéologiques il pourrait se matérialiser. En effet, l’un des principaux apports de la campagne 2002 est la révélation nouvel enclos, de forme trapézoïdale, qui paraît être le premier état, dès le IIIè siècle avant J.-C., de l’“esplanade”. Nous aurions ainsi une limite matérialisée de l’extension maximale actuellement connue des vestiges gaulois.
     
Nous décrirons les vestiges gaulois en les regroupant par grands ensembles. Sera ainsi distingué l’enclos polygonal qu’on désignera désormais par l’appellation « enclos circulaire » F 431, pour lequel une nouvelle synthèse des structures et du matériel sera proposée. Ensuite sera présenté un espace situé au nord-ouest de ce dernier et matérialisé par une nouvelle tranchée de fondation de palissade : F 520. Les installations postérieures ( La Tène D2 ) au remplissage du fossé F 431, consistant en foyers et fosses de rejet, seront considérées comme des vestiges gaulois mais distingués de la structure F 431. Les premiers éléments de documentation concernant l’enclos trapézoïdal ( F 612 à 614 ) seront groupés en un même ensemble. Enfin on exposera les résultats du sondage effectué sur le côté occidental ( F 615 ) de l’enclos quadrangulaire.
   
II. 1. L’enclos circulaire F 431
   
Cet enclos est désormais appelé “circulaire” parce que sa forme générale est plus proche du cercle que du polygone. L’objectif de la fouille de 2002 concernant cet enclos était d’obtenir son plan quasi complet, ainsi que d’exhumer l’essentiel du matériel qu’il contient, de façon à établir des NMI ( nombres minimums d’individus ) pour chaque grande catégorie de matériel ( os longs humains et coxaux, principales armes ). Ce but n’a été que partiellement atteint. D’une part, parce que la fouille fine, et forcément lente, du remplissage du fossé n’a pas permis d’installer un chantier de longue durée à l’emplacement du chemin actuel et, à sa bordure, dans la parcelle située au sud qui est une propriété privée. D’autre part – et c’est la raison essentielle – il est apparu que dans les derniers mètres que nous avons pu fouiller en limite de la parcelle 144, vers le sud, et sur les deux côtés, la nature du remplissage du fossé change brutalement : il se charge d’une argile presque pure contenant de nombreux silex et les blocs de craie deviennent de plus en plus abondants pour représenter plus de la moitié du matériau de remplissage. Les vestiges archéologiques, ainsi que le montrent les diagrammes de répartition ( cf infra ), se raréfient brusquement. La raison de ces modifications est, évidemment, de nature géologique : le remplissage du fossé reflète évidemment la nature du matériau dans lequel il est creusé. En cette zone la craie sous-jacente qui, sur le reste du site, se trouve en moyenne à deux mètres de profondeur, remonte brusquement. Cela n’explique pas la raréfaction du matériel archéologique. Celle-ci tient à des phénomènes de cinétique des dépôts dans l’enclos ( nous les examinerons plus bas ) et aussi à une moins grande profondeur du fossé qui, à cause d’une forte érosion, au niveau du chemin actuel, n’est plus que d’1m alors que, 20 m plus au nord, elle atteint  2m. Etant donné que le plan général de l’enclos est acquis et que nous disposons probablement de la plus grande masse du matériel, on peut s’interroger pour savoir s’il est rentable d’entamer la fouille forcément difficile de la section de fossé qui se trouve aux abords de l’actuel chemin.
   
II.1.1. Analyse de la structure F 431, du point de vue de son plan et de sa fonction.
   
Le plan acquis, à l’issue de la fouille, est celui d’un cercle quelque peu irrégulier, d’un diamètre d’environ 40 m.
   
Une entrée étroite se situe sur le côté oriental ; si l’on trace un axe entre le centre de l’enclos et cette entrée, il se trouverait sur une direction plein est.  Cette entrée qui était initialement celle de la palissade implantée dans le fossé n’a pu être repérée que lors de la fouille des niveaux inférieurs du fossé ( dans les niveaux supérieurs correspondant au creusement initial puis à celui de la destruction l’interruption n’apparaissant pas ). Elle formerait un passage d’1m environ, soit un espace suffisant large pour la circulation des hommes et de leurs fardeaux, et suffisant étroit pour la fermer d’une porte munie d’un seul vantail.
   

  La fouille plus minutieuse a permis de bien observer le fond du fossé et de comprendre à la fois son profil et le plan facetté de l’enclos. Il paraissait, en effet, assez paradoxal que le plan général et bien maîtrisé dans sa conception présente des sections rectilignes de longueurs inégales ( généralement 7 à 8m avec deux exceptions de 12 et 16 m ). La forme très régulière du fond du fossé, présentant un demi-cylindre de 25 à 30 cm de diamètre, suggère une explication assez simple dont on verra qu’elle est confirmée par l’analyse du remplissage : c’est très certainement l’emplacement de troncs d’arbre posés à plat au fond du fossé et destinés à servir de sablières basses à la palissade. Il faut, en effet, penser que les poteaux verticaux formant l’armature des murs n’étaient pas installés individuellement au fond du fossé, auquel cas ils auraient laissé des traces parfaitement distinctes et auraient nécessité un calage pour les maintenir au moment du comblement du fossé mais qu’ils étaient, au contraire, directement ancrés dans les arbres posés au fond, ce qui ne nécessitait plus que le calage de la partie émergeante au moment du remblai. Ainsi les sections rectilignes auraient vu leur longueur seulement déterminées par celle des arbres apportées sur place et destinés à servir de sablières.

Fig. 42 : F 431 (sablière basse).

Le profil initial du fossé confirme pleinement cette fonction de tranchée de fondation. Bien que partiellement détérioré lors du creusement postérieur, ce profil peut être restitué notamment d’après la paroi du bord intérieur souvent assez bien conservée. Il dessine un V régulier dont l’angle mesure de 60° à 65°.
    
II.1.2. Analyse stratigraphique et remplissage
   
La fouille de 2002 a confirmé ce qui avait été observé en 2001. Le remplissage est homogène et uniforme du fond du fossé jusqu’à son niveau supérieur. Les stratigraphies ( cf fig. 43 ) font apparaître trois types de couches. La plus remarquable ( à base de limon et de couleur foncée ) est riche en charbons de bois et c’est elle qui contient le plus de matériel. La plus fréquente par le volume qu’elle représente (  toujours à base de limon mais moins foncée ) est plus hétérogène, on y distingue du limon brassé et un sédiment plus organique, le matériel archéologique y est moins abondant. Le troisième type correspond à des poches de limon pur généralement situées sur les parois du fossé et au fond. Dans celles-ci on ne rencontre aucun matériel.
   
Fig. 43 : Localisation des coupes du fossé F 431.
     
Ces stratigraphies très simples ne sont pleinement compréhensibles qu’avec l’aide de l’analyse du matériel archéologique. Sa répartition se fait à tous les niveaux, sans que l’on puisse repérer des zones préférentielles de densité. La seule constante est que les couches les plus organiques sont les plus riches en matériel, néanmoins il est fréquent de trouver des objets volumineux ( os longs et armes ) dans les couches chargées en limon brassé. La particularité la plus remarquable de cette répartition tient à la présence assez fréquente de ces objets volumineux au fond du fossé et plus exactement au fond de la saignée, directement au contact de la couche géologique. Enfin il faut noter que cette répartition tant dans sur l’axe vertical que sur l’axe horizontal est parfaitement aléatoire : les objets sont la plupart du temps isolés parfois groupés en quelques unités de types différents qui ne trahissent jamais soit un faisceau d’armes ou d’ossements ni la présence en négatif d’un élément architectural ( poteau ou sablière ).
    
Ces remarques associées à l’analyse stratigraphique autorisent quelques conclusions. Tout d’abord, le démontage complet des murs de clôture nous semble assuré. Etant donné le mode de construction, il y a eu nécessité pour les destructeurs de recreuser le remblai de la tranchée de fondation de façon à pouvoir dégager les sablières basses et à retirer les poteaux. Partout il semble que ces sablières ont été enlevées car nulle par il n’a été mis en évidence de traces organiques que leur présence n’aurait pas manqué de laisser. Mais la preuve principale tient au matériel qui est descendu jusqu’au fond et qui lui-même ne porte aucune trace ligneuse, alors que celles-ci se conservent assez bien dans l’oxyde des objets en fer.
    
L’armature des murs, autrement dit les poteaux qui étaient engagés dans le remblai de la fondation, représentait un volume non négligeable qui, évidemment, a fait défaut au moment du rebouchage : il manquait de la terre. Pour y remédier, c’est la couche humique et les détritus qui se trouvaient à sa surface qui ont été déversés dans la cavité.
Dans le remplissage du fossé se trouve donc :
1. le sédiment initial du premier remblai ( limon pur mais brassé )
2. des poches de limon pur qui se sont détachées des parois au moment du recreusement
3. des détritus qui se trouvaient directement au pied des murs et qui ont chu accidentellement
4. des éléments plus volumineux ( os longs, armes, blocs de pierre ) provenant de l’intérieur de la cour à une distance qu’il est actuellement difficile d’apprécier
5. l’humus des abords du fossé avec le petit matériel se trouvant à sa surface.
   
Ce sont là de précieuses indications sur la position initiale des vestiges qui nous intéressent, éléments du corps humain, équipement des guerriers, matériaux mis en œuvre pour l’aménagement des structures. La qualité de conservation des différents types de matériel permet de les rapporter à l’un des trois types d’origine proposés ( supra 3, 4 et 5 ). Les os humains longs et fragiles et cependant peu fragmentés ne peuvent provenir ni du pied des murs ni de leurs abords, car ils n’auraient manqué d’être piétinés. On ne saurait être aussi affirmatif pour les armes qui dans de très nombreux cas sont plus fragmentées ici que nulle part ailleurs sur le site.
    
II.1.3. Analyse de la répartition topographique du matériel
    
Ces particularités rendent évidemment encore plus nécessaire et certainement plus enrichissante l’analyse de la répartition topographique du matériel. La problématique de cette dernière est relativement simple, elle doit répondre aux questions suivantes :
. Cette répartition est-elle homogène sur tout le tracé du fossé ?
. Le matériel archéologique provient-il de l’intérieur ou de l’extérieur de l’enclos ?
. Cette répartition témoigne-t-elle d’un mouvement centrifuge ?
. Si c’est le cas, où se trouvait le centre de diffusion ?
    
Les 70 m de fossé fouillés intégralement et l’enregistrement métrique du matériel rencontré permettent d’apporter des réponses, au moins partielles, à ces questions.
   
Fig. 44 : Plan de répartition des US du fossé circulaire.
  
A la première tout d’abord. Cette répartition, homogène sur de grandes sections de 20 à 30 m, ne l’est pas sur l’ensemble du tracé. On constate aisément (cf graphiques ) que les côtés occidental ( US 475, 550 et 569 ) et oriental ( US 490, 582, 458 et 579 ) sont très riches, que le côté septentrional ( US 481 et 483 ) est relativement pauvre et que les extrémités méridionales ( US 491 et 581 ) deviennent quasi stériles. Tout se passe donc comme si le matériel s’était déplacé sur un axe est-ouest situé dans le tiers septentrional de l’enclos, aux abords de la fosse ( F 493 ).
    
A la seconde question concernant l’origine ( interne ou externe de l’enclos ) du matériel, la répartition topographique dans le fossé n’apporte pas d’élément décisif. Il est naturel de penser que ce matériel provient de l’intérieur mais rien n’empêche, à priori, d’imaginer une activité cultuelle justement installée à sa périphérie et qui aurait produit les mêmes résultats. Ce sont deux autres éléments d’analyse qui autorisent une réponse plus précise. La première est que les fosses situées à l’intérieur de l’enclos et contemporaines de celui-ci ont livré le même type de matériel, notamment la plus grande ( F 493 ) dont le matériel archéologique est la copie conforme de ce qu’ont livré les sections les plus riches du fossé. Le deuxième élément tient à l’état de conservation de ce matériel et plus particulièrement de celui pour lequel la conservation différentielle est la plus évidente, les os humains. Les os du fossé se distinguent par une corticale blanche, à la surface assez bien conservée avec peu de traces de radicelles.
   
Or le fossé F 520, situé à périphérie occidentale de l’enclos et qui lui est contemporain a livré une quantité significative d’os humains qui présentent justement un état de conservation totalement différent, la corticale est abîmée, couverte de petites tâches noirâtres et de traces de radicelles. Les deux ensembles d’ossements ont donc connu des traitements et des conditions de conservation dissemblables. Nous sommes donc assez fondés à croire que tout ce matériel provient pour sa plus grande masse de l’intérieur de l’enclos.

Fig. 45 : F 520 (os humains).

  
Si l’on considère les réponses apportées aux deux premières questions, la réponse à la troisième s’impose d’elle-même : il y a bien un mouvement centrifuge qui produit ses effets dans le tiers nord-oriental de l’enclos. Dès lors il est assez facile de déterminer l’emplacement du centre de diffusion. Il se trouve en position sensiblement décentrée vers le nord, c’est-à-dire dans la proximité de la fosse F 493. Si l’on examine les répartitions par grands types de matériel ( os humain, os animaux, armes et céramique ), il est peut-être possible de préciser les choses. Il apparaît, en effet, que ces types se répartissent en deux groupes, d’un côté les os humains et les armes, de l’autre les os animaux et la céramique. Cette partition répond à une logique sacrificielle qui avait été évoquée l’an dernier à propos de la fonction de la fosse F 493 considérée avec le foyer FY 503 comme un autel, elle trouve désormais une traduction dans la répartition topographique. La céramique est, en effet, surtout présente dans la fosse en question ( F 493 ) et pour l’essentiel dans les deux sections de fossé qui lui sont les plus proches ( US 550 et 475 ). Les os animaux ont une répartition quasi superposable : Fosse F 493, US 550, 475 et 483, c’est-à-dire encore la fosse et ses abords. On peut donc conjecturer que le centre de diffusion de la céramique et des os animaux se trouve dans les environs de cet autel, c’est-à-dire là où ils ont été naturellement utilisés ( apportés en un premier temps, utilisés pour le repas et les libations, enfin brisés et dispersés ). Les os humains et les armes se trouvent sur l’axe est-ouest évoqués plus haut et témoignent d’un rayonnement plus intense à partir d’un centre sensiblement décalé par rapport à la zone de l’autel.
   
On peut donc conclure que les dépouilles humaines et les armes ne séjournèrent pas à proximité immédiate de l’installation cultuelle mais sur une aire qui se trouvait aux abords sud et est de celle-ci, à une dizaine de mètres de distance. Si l’on considère l’aire de diffusion des restes humains et métalliques, on doit croire que cette aire n’était pas très étendue ( un diamètre de 10 à 15m ) soit aux environs de 150 m2 au maximum. Cette aire, comme il a déjà été suggéré, était, à l’évidence, empierrée avec des blocs de grès et des rognons de silex. Nous avons une preuve indirecte : les os humains et les armes, dans ces US où ils sont le mieux représentés ( US 475, 559 482, 458 et 579 ) sont presque toujours associés à des blocs de pierre. Or les uns et les autres n’ont pu échoir fortuitement dans le fossé, leur poids et leur encombrement nécessitent qu’ils aient été apportés. On doit croire que blocs de pierre, armes et os humains ont été récoltés au même endroit ( où ils s’étaient d’ailleurs mutuellement oxydés ) puis rejetés dans le fossé où ils se sont, en quelque sorte, “ déconnectés”. La masse de pierres récoltées dans le fossé est incompatible avec l’hypothèse de l’empierrement de la totalité de la surface enclose. Il faut plus raisonnablement penser que seule la surface où devaient séjourner les dépouilles et les armes avait été dallée.
  
 II.1.4. Analyse du matériel archéologique
   
Le mobilier découvert pendant la campagne de 2002 ne diffère guère de celui découvert l’année précédente. On y retrouve les mêmes catégories, os humains et animaux, objets métalliques, rares parures, céramique, torchis, scories, charbons de bois, silex et grès. Les quantités sont assez équivalentes. Enfin aucun objet ne présente de particularité telle qu’elle remettrait en cause les interprétations précédentes. Au contraire, certaines tendances s’affirment, en trouvant une meilleure représentation statistique.
   
N° US Humain Fer Céramique Faune Grès Torchis Silex Craie
07.401 5 3 42 26 4 9 5 17
07.458 74 82 178 285 54 58 29 11
07.475 57 22 180 297 55 178 7 43
07.481 5 9 5 34 14 14 1 17
07.483 23 7 236 164 34 60 19 28
07.490 17 5 43 13 1 5 8 1
07.491 8 1 31 22 1 3 6 4
07.550 25 5 568 434 55 68 168 111
07.569 19 26 633 663 49 36 34 72
07.579 33 30 33 229 50 80 60 70
07.582 19 3 32 91 7 66 1 3
Total : 285 193 1981 2258 324 577 338 377
Tableau 1 : F 431 - Récapitulatif de l'ensemble du mobilier recueilli en 2001 et 2002.
   
Os humains
Les os humains ont été trouvés en moins grand nombre que l’année précédente : 81 identifiés contre 204 en 2001. L’explication de ce déficit est très claire : la densité de ce matériel sur les côtés nord-est et nord-ouest se confirme, en revanche les US de la zone méridionale se révèlent plus pauvres et montrent même une tendance vers l’absence de matériel.
        
N° US Humain %
07.401 5 1,75%
07.458 74 25,96%
07.475 57 20,00%
07.481 5 1,75%
07.483 23 8,07%
07.490 17 5,96%
07.491 8 2,81%
07.550 25 8,78%
07.569 19 6,67%
07.579 33 11,58%
07.582 19 6,67%
Total 285 100%

Tableau 2 : Répartition des os humains (NR).

 Graphique 1 : Histogramme de représentativité des os humains.

   
Ce nouveau corpus renforce les particularités du précédent. Ce sont presque exclusivement des os longs et des coxaux. Alors que la fouille a été beaucoup plus fine, il n’a été découvert aucune vertèbre, aucune côte, aucun élément du tarse et du carpe, mais seulement une scapula, un talus, et deux morceaux de crâne. L’absence de tout représentant du torse ( notamment le sternum qui est un os résistant ) pose problème. Elle suggère forcément un traitement particulier qui s’est traduit par leur disparition. Cependant la présence de représentants ( souvent en un exemplaire unique ) du reste du squelette ( 2 scapulas, 2 métatarsiens, 2 fragments de crâne, 1 talus, 1 calcaneus, 1 sacrum, etc. ) et le bon état de fraîcheur des os supposent que ce ne sont pas des os ni même des morceaux de corps qu’on a apportés initialement dans l’enclos mais des dépouilles plus ou moins complètes. La présence d’éléments crâniens prouve également qu’elles n’étaient pas toutes acéphales.
   
Dans le cadre de cette réflexion, l’analyse des traces de coups présente tous son intérêt. L’échantillon d’environ 350 os présente une multitude de traces de nature très diverses. Il nécessite donc une étude approfondie qui n’a évidemment pas encore été réalisée. Mais Henri Duday a vu une partie de ce matériel et nous avons pu, de notre côté, procéder à un certain nombre d’observations. Ces traces se répartissent en quatre catégories : fractures, coups tranchants, actions animales, atteintes physiques ou chimiques. Les fractures sont nombreuses et d’un caractère bien particulier, fréquent à Ribemont. Ce sont des fractures en biseau ou en bec que certains chercheurs assimilent à des fractures dites “sur os frais” par comparaison avec les fractures spiroïdales que l’on voit sur des êtres vivants. Les tranches de ces fractures ont souvent été, dans un second temps, l’objet d’atteintes dues aux animaux ou à l’altération atmosphériques, voire aux deux. Les traces de coups tranchants sont également nombreuses. Elles sont de deux types, fines incisions ou traces profondes généralement accompagnées d’un enlèvement de la corticale. Les premières peuvent correspondre à des coups reçus au combat ou à des gestes de dépeçage.
  

La distinction n’est pas toujours aisée, elle doit s’appuyer sur l’anatomie et sur la possibilité que la région du corps concernée soit accessible à une arme. Cette recherche, forcément longue et minutieuse, sera accomplie plus tard. Les secondes peuvent avoir les deux mêmes origines mais la distinction est plus facile : seules quelques parties des membres offrent suffisamment peu de défense musculaire aux os pour que ceux-ci puissent être entaillés de cette manière. Dans bien des cas, on peut présumer qu’il s’agit, pour le moins, d’une activité de dépeçage. Dans plusieurs cas, on observe (cf fig. 47 à 50) la répétition, sous forme d’entailles parallèles, de ces traces. Là, il ne peut s’agir de coups au combat.

Fig. 46 : Radicelles sur calotte crânienne.

  
Cependant l’emplacement de ces traces, souvent au milieu de la diaphyse, exclut également des gestes de dépeçage qui touchent plus logiquement les épiphyses. Par ailleurs, la profondeur des entailles et leur répétition s’accordent ma avec un geste de désarticulation. Seules deux explications se présentent. Soit, ces coups trahissent un acharnement nerveux qui témoigne d’un sentiment de vengeance envers le mort. Mais dans ce cas, on peut se demander pourquoi ces coups ont porté sur un bras ou sur une jambe ; on s’attend plus volontiers à des coups portés sur la tête, le thorax ou les parties génitales. Soit, ces coups avaient pour finalité d’entailler profondément les chairs, peut-être pour faciliter le travail des animaux charognards. Le troisième type d’atteinte sur os est attribuable à l’action des oiseaux et peut-être à celle de mammifères, chiens et loups. Elle a été largement décrite dans le rapport précédent. Elle est encore largement confirmée dans le nouvel échantillon. La seule nouveauté concerne les traces animales situées sur les fractures qui montrent bien  qu’il y eut, dans un premier temps, bris des membres et ensuite manducation animale. Le dernier type de dégradations que portent les os ( atteintes de la corticale par processus chimique ou physique ) est à la fois habituel sur le site et problématique. L’interprétation de ces traces ne dépend plus d’une simple observation visuelle mais nécessite la réalisation de sondages dans l’os, de lames minces et surtout la collaboration des chimistes et des anthropologues.
  

Exemples de traces observées sur des os humains.

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Fig. 47 : Tibia. Fig. 48 : Coxal. Fig. 49 : Tibia. Fig. 50 : Humérus.
   
L’examen du nombre d’os et le calcul des NMI livrent des informations précieuses. On a vu que les os récoltés en 2002 étaient nettement moins nombreux que ceux de la campagne 2001, pas même la moitié. Les NMI confirment cette baisse d’effectif qui se traduit par un tassement des NMI. En 2001, le NMI le plus grand était de 19 pour les tibias gauches. En 2002, il ne passe qu’à   24 pour les tibias gauches, pour les humérus droits et pour les coxaux droits. Si l’on tient compte de l’ensembles des fragments présents, le NMI le mieux représentés, celui des humérus droits, est de 25. Si l’on prend en considération le fait que l’ensemble de la structure n’a pas été fouillée, que les perturbations des La Tène D2 a pu faire disparaître une masse d’ossements non négligeables, si l’on considère surtout que des cadavres pouvaient n’être représentés que par des morceaux de corps qui après la manducation animale et l’altération atmosphérique ont pu ne livrer aucun représentant dans le fossé, on aboutit à une estimation d’une quarantaine d’individus et à un maximum qui, en tout état de cause, ne dépassait pas la cinquantaine.
   
En conclusion, cet ensemble osseux se distingue radicalement de tous ceux qui ont été rencontrés sur le site jusqu’à présent. Il en diffère par l’échantillon ( presque tous les os longs et les coxaux d’un petit nombre d’individus ), par l’état de conservation et par les traces de coups et les dégradations. L’interprétation demeure difficile et nécessite des études très approfondies des traces multiples. Pour l’heure, les hypothèses avancées dans le rapport 2001 demeurent les plus plausibles. Elles envisagent un traitement complexe et prolongé dans le temps de ces dépouilles. Plusieurs de ses étapes sont restituables. Il faut très certainement envisager, ainsi que pour les centaines de corps rapportés sur le site, un premier traitement de conservation qui a permis leur transport puis une période d’attente autorisant la construction des aménagements du site. Ce premier traitement fait actuellement l’objet d’étude, mais il serait prématuré d’en exposer les premiers résultats. Une étape ultérieure a consisté à déposer les corps dans l’enceinte puis à les dépecer et à entailler les masses musculaires et peut-être à broyer les cages thoraciques, ainsi que les crânes, comme les fragments recueillis le suggèrent. Celle-ci a dû être immédiatement suivie par la manducation animale, elle-même effectuée en plusieurs temps, suivant les espèces qui se sont succédé. L’abandon des os sur le sol demeure difficile à apprécier mais les armes ( cf infra ) nous livrent des indications précieuses, probablement de nombreux mois, deux ou trois ans au moins. La fin nous est le mieux connue, c’est la destruction de l’enceinte et le remblai des fossés de fondation.
  
Armes
L’échantillon de pièces métalliques recueillies en 2002 présente les mêmes particularités numériques que l’échantillon d’os humains. Leur nombre est nettement moins important : il était, pour les armes, de 134 en 2001, il est de 59 en 2002. Mais surtout il présente une répartition par types assez similaire. Les différentes catégories d’objets ( fers, talons de lance, umbos de bouclier, chaînes de ceinture, épées et fourreaux ) montrent une nette tendance à s’équilibrer. Surtout les différents NMI présentent la même tendance. 
On obtient, en effet, au total :
                    . Lances : 52
                    . Talons : 37

                    . Umbos : 35

Échantillon de l'armement issu du fossé F 431. 

                    . Chaînes : 18

Fig. 51 : Armement issu de l'US 07-458 - Pages : 1 - 2 - 3 - 4 - 5.

                    . Fourreaux : 9 Fig. 52 : Armement issu de l'US 07-475 - Pages : 1 - 2 - 3.
                    . Epées : 1

Fig. 53 : Armement issu de l'US 07-483 - Page : 1.

      
N° US Fer %
07.401 3 1,55%
07.458 82 42,49%
07.475 22 11,40%
07.481 9 4,66%
07.483 7 3,63%
07.490 5 2,59%
07.491 1 0,52%
07.550 5 2,59%
07.569 26 13,47%
07.579 30 15,54%
07.582 3 1,55%
Total 193 100%

Tableau 3 : Répartition du métal (NR).

Graphique 2 : Histogramme de représentativité du métal.

     
On constate que ces chiffres se rapprochent très sensiblement de notre estimation du nombre extensif d’individus, environ 40. Le nombre des talons de lance et des umbos de boucliers s’en rapproche très sensiblement. Quant à celui, plus grand, des lances, il doit être tempéré, parce que n’ont pas pu être différenciées les lances proprement dites ( qui sont pourvues d’un talon ) des javelots ( qui n’en n’ont pas). L’hypothèse selon laquelle ces armes seraient celles des individus dont les ossements ont été retrouvés associés à elles paraît donc tout à fait crédible. Et notre estimation du nombre d’individus maximum s’en trouve renforcée.
  
L’approche chronologique proposée dans le rapport précédent demeure inchangée. Si le matériel peut être attribué dans son ensemble au début de La Tène C1, de nouveaux objets de forme archaïque ( une chaîne à segments rigides, deux fibules à arc élevé et arrondi, des fers de lance sans nervure et à flamme en feuille de laurier ) indiquent une grande proximité de La Tène B2. Néanmoins, la synchronie avec les armes des niveaux les plus anciens de l’enclos quadrangulaire n’est pas remise en question : les fourreaux sont de même type, de même que la plupart des chaînes. En revanche, un échantillon plus important et statistiquement plus fiable de fers de lance confirme tout à fait la différence typologique avec les exemplaires du “charnier”. Ces fers s’inscrivent dans la tradition de La Tène ancienne, alors que ceux du “charnier” témoignent d’une profonde mutation technologique. Très souvent ils ne possèdent pas de nervure, en tout cas jamais les belles nervures saillantes qui marquent les plus belles productions de La Tène C1. Les douilles sont souvent assez longues. Et les flammes ne présentent pas les belles formes larges et sinueuses que l’on rencontre habituellement. Les talons présentent également de grandes différences. Ils sont ici de deux types, soit à douille assez grossière, soit, au contraire très élaborés, de type mixte ( à douille et soie ) avec une douille pyramidale parfaitement régulière.
    
Comme pour les os, l’état de conservation des armes livre des renseignements intéressants qu’il n’est malheureusement pas possible ( faute d’analyse chimique ) d’exploiter entièrement. Les armes de constitution fragile ( umbos et fourreaux ) sont souvent assez dégradés, cassés et repliés. Néanmoins cet état n’est pas attribuable avec certitude à des gestes voulus. Les dégradations sont sensiblement différentes de celles qu’on rencontre dans l’enclos quadrangulaire et surtout que l’on connaît à Gournay-sur-Aronde. On a plutôt le sentiment qu’ils s’agit d’une action accidentelle où le feu tient une part importante. L’oxydation est, en effet, d’une couleur rougeâtre qui n’a jamais été rencontrée jusqu’à présent. Et surtout, de fins replis des bords de flammes de fers de lance n’ont pu être produits par l’homme. Il s’agit plus sûrement d’une déformation due à la chauffe.
   
Le rôle du feu dans le traitement des dépouilles était jusqu’à présent suggéré par l’état de nombreux blocs de grès et les silex. On a une quasi certitude qu’il a touché également les armes. Il serait intéressant de savoir si ce sont des armes “fraîches” ( pour utiliser la terminologie anthropologique ) qui ont été brûlées ou si elles étaient déjà oxydées. Dans ce dernier cas, le passage au feu s’assimilerait à un rite de destruction avant l’enfouissement.
   
Os animaux
Les os animaux exhumés en 2002 sont nettement moins nombreux que ceux qui le furent en 2001. Ce sont 1439 pièces. Leur étude n’a évidemment pu être menée. On constate seulement qu’ils appartiennent aux mêmes espèces que les os déjà découverts. L’étude en cours du matériel de 2001 révèle la présence assez importante d’ovins et, dans des quantités moindres, du bœuf, du cheval et du porc. Il y aurait également un certain nombre d’animaux sauvages, parmi lesquels assurément le sanglier mais la détermination de ces os, peu courants sur les sites contemporains, demande à être confirmée.
   
La principale information que nous livrent les os animaux tient à leur répartition spatiale. Ils étaient abondants dans la grande fosse F 493 et dans les US du fossé périphériques à la fosse, essentiellement US 475 et 483. La fouille de 2002 amplifie le phénomène : les os sont encore très nombreux dans les US 550 et 469 qui ne sont éloignées de la fosse que de 7 à 10 m ; ils sont beaucoup moins nombreux dans l’US 579 qui est distante de 25 m de la même fosse. Il est parfaitement évident que l’installation cultuelle a fonctionné comme un centre de diffusion des restes animaux.
  
N° US Faune %
07.401 26 1,15%
07.458 285 12,62%
07.475 297 13,15%
07.481 34 1,51%
07.483 164 7,26%
07.490 13 0,58%
07.491 22 0,97%
07.550 434 19,22%
07.569 663 29,36%
07.579 229 10,14%
07.582 91 4,03%
Total 2258 100%

Tableau 4 : Répartition de la faune (NR).

Graphique 3 : Histogramme de représentativité de la faune.

         
Céramiques
Le nombre de tessons de céramique découverts en 2002 est près du double de celui de 2001, 1297 contre 684. Mais il s’agit peut-être d’une image trompeuse, causée par la récolte plus systématique des petits tessons qui avaient pu échapper lors de la campagne précédente. Des décomptes des poids respectifs donneraient des résultats différents.
  
La répartition topographique de la céramique donne très exactement les mêmes résultats que celle précédemment évoquée de la faune. Elle est abondante dans les US 483, 475, 550 et 569, c’est-à-dire dans la périphérie immédiate de la fosse F 493 et devient moins nombreuse dans les US qui en sont le plus éloignées et qui pourtant ont livré d’assez nombreux os humains et des armes. Comme pour la faune son centre de diffusion se situe dans la zone de l’installation cultuelle ( F 493 et FY 503 ).
   
N° US Céramique %
07.401 42 2,12%
07.458 178 8,99%
07.475 180 9,09%
07.481 5 0,25%
07.483 236 11,91%
07.490 43 2,17%
07.491 31 1,56%
07.550 568 28,67%
07.569 633 31,95%
07.579 33 1,67%
07.582 32 1,62%
Total 1981 100%

Tableau 5 : Répartition de la céramique (NR).

Graphique 4 : Histogramme de représentativité de la céramique.

    
Le faciès évoqué dans le rapport 2001 est parfaitement confirmé. Ce sont toujours dans une forte proportion ( 97% ) des vases hauts, parmi lesquels beaucoup de situles. Le répertoire des décors ne s’est guère étendu mais le nombre de représentants de chaque type s’est au contraire accru. Le tableau ci-dessous représentant la répartition des différents types de décor dans les différentes US du fossé, dans la fosse F 493 et dans les fosses et le fossé F 520 situés dans la périphérie immédiate donne une excellente illustration, d’une part, de l’absolue contemporanéité du remblai de toutes ces structures, d’autre part de cette diffusion centrifuge à partir de la zone de la fosse F 493. On trouve, en effet, le maximum de décors dans la fosse en question puis dans les US du fossé les plus proches et dans le fossé F 520 également très proche.
   

Tableau 7 : Typologie des décors sur céramiques.

   
Les parures
Elles demeurent très rares. Ce sont quatre fibules en fer incomplètes mais qui se rattachent toutes au type 13 de Manching, à la différence près que les arcs ici sont plus élevés et arrondis, ce qui les rapproche du type de Dux et confirme une datation à la charnière de LT B2 et LT C1.
  
Les bijoux à proprement parler sont quasi absents, comme ils le sont presque totalement des autres gisements du site. On note seulement la présence d’une grosse perle de lignite et d’une petite perle en pâte de verre bleu opaque. La perle de lignite est intéressante car elle est taillée dans une roche d’une autre nature que celle utilisée pour les bracelets de lignite du “charnier” : elle est grise plus minérale que végétale et plus proche de la sapropélite. A cet égard, il est intéressant de noter qu’on n’a rencontré ici qu’un seul bracelet, alors qu’il en a été découvert environ 25 exemplaires dans et autour de l’enclos quadrangulaire, en lignite, en fer et en bronze. Le bracelet en question est en tôle de fer et présente une section parfaitement torique.
     
Matériaux de construction
Ces matériaux sont relativement abondants par le nombre. Mais leur importance paraît encore plus grande si l’on considère leur masse qui représente une part non négligeable du remblai du fossé, soit entre 5 et 10% du sédiment. Ces matériaux sont de quatre types : grès, silex, craie et torchis. Pour mesurer leur signification ( topographique notamment ), il convient de prendre en compte leur nature et leur état de conservation qui en découle. A Ribemont le torchis n’est conservé que lorsqu’il est brûlé et plutôt à une haute température, sinon sa fragmentation est telle qu’il ne peut être prélevé. La craie récoltée montre toujours qu’elle a subi l’action du feu, elle est roulée, souvent pulvérulente et assez semblable à de la chaux. Dans bien des cas, la fragmentation due à cette crémation n’a pas permis le prélèvement. Les silex sont beaucoup plus résistants. Comme la craie, ils ont très souvent subi l’action du feu qui les a fragmentés. Les fragments les plus petits n’ont pas toujours été récoltés, ce qui biaise évidemment les décomptes que l’on donne ici. Les grès sont le matériau qui, malgré une chauffe assez courante, a le mieux résisté.
    
La répartition comparée de ces quatre matériaux dans les deux fossés livre des indications intéressantes.
    

F 431

N° US Grès Torchis Silex Craie
07.401 4 9 5 17
07.458 54 58 29 11
07.475 55 178 7 43
07.481 14 14 1 17
07.483 34 60 19 28
07.490 1 5 8 1
07.491 1 3 6 4
07.550 55 68 168 111
07.569 49 36 34 72
07.579 50 80 60 70
07.582 7 66 1 3
Total 324 577 338 377

F 520

N° US Grès Torchis Silex Craie
07.536 59 42 242 22
Total 59 42 242 22

Tableau 7 : Inventaire des matériaux de construction exprimé en NR.

           
Il est remarquable que le grès et le torchis ont une répartition assez similaire, en fait parfaitement régulière, si on la tempère en fonction de la longueur différente des sections et en fonction des perturbations postérieures ( dans US 490 et 582 ). On peut donc conclure que la source d’approvisionnement du grès et du torchis se trouvait à proximité du fossé et sur toute sa longueur.
   
A l’inverse, la craie et le silex présentent des pics correspondant aux US 550, 569 et 579. L’emplacement de cette zone riche en silex et en craie est confirmée par le fossé F 520 où ils sont également nombreux. Or il se trouve que toutes ces US se situent sur une zone de passage, signalée d’une part par l’entrée de F 431 sur le côté oriental  ( US 579 ) et par une entrée présumée dans l’angle de F 431 et F520 ( US 550 ). S’agit-il des vestiges d’un chemin empierré ? ou plutôt de restes abandonnée lors du transport des différents matériaux ? Il est évidemment difficile de se prononcer.
  
Deux conclusions en tout cas s’imposent. Le torchis ne provient pas d’un bâtiment situé à l’intérieur de l’enclos. Le seul ensemble cohérent de poteaux ( P 524 à 529 ) est d’ailleurs peu convaincant : on y verrait plutôt une petite halle ouverte, ainsi qu’il a été proposé dans le rapport 2001. Si le torchis provenait de ce bâtiment, on devrait avoir une forte proportion de ses restes dans les US 481, 490 et 582. La deuxième conclusion concerne l’aire dallée à l’intérieur de l’enclos. Les pierres qui ont pu la constituer, même si elles nous paraissent nombreuses, ne sauraient empierrer une aire supérieure à celle que nous avons envisagée plus haut, une centaine de m2.
   
II.1.5. Fosses situées à l’intérieur de l’enclos et qui lui sont contemporaines
   
Fig. 54 : Structures internes de F 431.
   
Au cours de la campagne 2002, il n’ a été rencontré que quatre nouvelles fosses ou trous de poteau. Nous avons désormais une image optimale des structures intérieures à cet enclos, elles concernent les deux tiers septentrionaux de l’espace enclos. Quant au tiers méridional, on ne doit plus attendre de nouvelles découvertes, dans la mesure où l’érosion y varie de 40 cm à 1m d’épaisseur. A l’évidence, à part le bâtiment présumé ( P 524 à 529 ), aucun autre ensemble ne se révèle. On constate seulement que les fosses se trouvent préférentiellement en périphérie à proximité du fossé, tandis que vers le centre la densité de trous de poteau, généralement non datés et certainement postérieurs, y est plus grande.
     
Lorsque ces fosses sont bien conservées (du côté oriental notamment face aux US 490 et 582) ou au nord-ouest (face aux US 550 et 475), on constate qu’il s’agit de sortes de cuvettes, larges (jusqu’à 1m35). Il ne s’agit ni de fosses détritiques, ni de fosses de vidange de foyer. L’interprétation qui a été proposée dans le rapport de 2001, à savoir la trace de l’implantation des stèles de grès, demeure la meilleure actuellement. Elle repose sur l’analyse de la fosse F 521, très large et peu profonde (15 cm au maximum), et dans laquelle fut découvert un bloc de grès plus volumineux que ceux habituellement rencontrés et surtout qui montre qu’il s’est détaché d’un autre bloc sous l’action du feu. Six autres fosses, présentant un profil similaire, ( F 521, 522, 523, 589, 590 et 591 ainsi que F 599 et F 531 ) se trouvent dans une position similaire, sur le bord intérieur du fossé de clôture.
  
Si notre hypothèse est la bonne, on peut se demander si les stèles de grès situées dans les fosses F 521, F 522, F 523, F 589, F 590 et F 591) ne sont pas demeurées à leur place jusqu’à l’époque augustéenne – moment où elles furent recyclées – et si elles n’ont pas « attiré » l’aire de foyer installée dans le fossé au niveau des US 490 et 582, sur laquelle nous reviendrons.
   
II.2. Le fossé F 520 et les fosses situées à ses abords 
  
Fig. 55 : Localisation de la zone 1.
   
La zone 1 a été décapée et largement étendue vers l’ouest en raison de la présence d’un nouveau fossé ( F 520 ) qui avait été observé en 2001 mais n’avait pu être fouillé. Dans l’angle intérieur formé par les deux fossés F 431 et F 520 ont été rencontrées 16 fosses ou trous de poteaux. Ce sont ces structures qui vont être maintenant présentées.
   
II.2.1. Le fossé F 520
  
Ce fossé a été reconnu sur une longueur de 26 m. De direction est-ouest, il dessine une courbe très légère. A l’ouest, aux abords du quadriportique de l’“esplanade”, on perd sa trace, ce qui n’est guère étonnant car en cette zone le sol a été profondément décaissé à l’époque gallo-romaine. Mais il n’est pas exclu que des sections soient un peu mieux conservées en direction du nord-ouest. Sous cette forme d’une longue section légèrement curviligne, F 520 ne peut être considéré comme un enclos à part entière. Nous verrons néanmoins qu’il joue un rôle fonctionnel dans l’économie du site au IIIè siècle av. J.-C. 
  
Nature et fonction du fossé
      
A l’évidence, il s’agit encore d’une tranchée de fondation de palissade. Dans la partie orientale, aux abords de F 431, là où il est le mieux conservé, le fossé a une profondeur de 50 à 60 cm et une largeur moyenne de 80 cm. Son profil correspond très exactement à celui de la moitié inférieure de F 431. Il a la forme générale d’un V aigu dont la pointe est remplacée une saignée de 20 25 cm de largeur et dont la forme est celle d’un demi-cylindre. Comme le fossé F 431, celui-ci n’est pas réellement curviligne mais il est composé de trois sections rectilignes dont les axes sont légèrement décalés. Elles mesurent respectivement 8 m et 12 m, la troisième étant incomplète.
 

Fig. 56 : Coupe du fossé F 520.

   
Les stratigraphies et la nature du matériel rencontré indiquent avec certitude que ce fossé a connu la même fonction et la même histoire que le fossé F 431. Une stratigraphie ( cf fig. 57 ), située à la jonction des deux fossés, montre que leur remplissage est le même.
  
Fig. 57 : Coupe de jonction des fossés F 431 et F 520.
  
Le tracé des deux fossés ne montre par ailleurs aucune perturbation qui indiquerait deux creusements à deux époques différentes, ce qui n’exclurait pas un remblai synchrone. Les autres stratigraphies de F 520 ( fig. 59 ) confirme que le remplissage est partout de même nature. Il ne comprend qu’une couche plus ou moins organique et présentant souvent sur le fond du fossé ou aux abords des parois des poches de limon, détachées au moment du remblai. L’absence de lentille de limon lessivé au fond de la cavité indique qu’à aucun moment le fossé n’est resté ouvert, ni au moment de son creusement, ni au moment de sa destruction. L’implantation des palissades a été immédiate, de même que le remblai après la destruction de celle-ci. Cette analyse est confirmée par la répartition du matériel à l’intérieur du remplissage. Les objets se trouvent à tous les niveaux, sans place préférentielle. Plusieurs os longs ont également été découverts au fond de la saignée.

Fig. 58 : F 520 (sablière basse).

   
Fig. 59 : Localisation des coupes du fossé F 520.
   
     
Le matériel archéologique découvert dans le fossé.
        
      
Types NR %
Humain 20 1,92%
Fer 9 0,86%
Céramique 358 34,20%
Faune 292 27,97%
Grès 59 5,65%
Torchis 42 4,02%
Silex 242 23,18%
Craie 22 2,11%
Total 1044 100%

Fig. 60 : F 520 - Tableau et graphique de répartition par familles (NR).

   
Un matériel relativement abondant pour ce type de structure y a été découvert, notamment eu égard au faible volume du sédiment de remblai. Ce sont 1044 pièces, généralement entières ou peu fragmentées. Ce matériel est plus abondant dans les abords de F 431, mais il ne présente pas de densité réellement décroissante au fur et à mesure de l’éloignement de la jonction. L’extrémité connue du fossé, à l’ouest, a livré encore des objets importants. Comme le remplissage du fossé 431, celui-ci reflète l’abondance du matériel qui se trouvait aux abords du fossé. Trois types d’objets ont été rencontrés : ossements essentiellement humains, métal ( uniquement armes en fer ) et céramiques. Les autres matériaux ( blocs de pierre, torchis et scories ) sont peu nombreux et surtout ils se raréfient en fonction de l’éloignement de l’enclos F 431. L’analyse précédente, concernant un dallage à l’intérieur de F 431, trouve donc ici un nouvel argument.
    
Cliquez pour agrandir cette image.   Les os humains sont au nombre de 20. L’échantillon qu’ils représentent se rapproche de celui de F 431. Les os longs dominent, les coxaux sont bien représentés. Mais surtout les os “inhabituels” se trouvent en plus grande proportion ( 1 patella, 1 calcaneus, 1 scapula et 1 crâne ). L’analyse de la latéralisation montre des anomalies plus importantes. Ainsi on 6 tibias droits pour aucun gauche, 2 fémurs gauche pour aucun droit, 3 coxaux gauches pour un coxal droit. Dans le fossé F 431 les NMI sur les os latéralisés révèlent, au contraire, une tendance à l’équilibre. Mais la différence principale tient à leur état de conservation.

Fig. 61 : F 520 (crâne humain).

       
Ceux du fossé F 520 présentent une corticale sensiblement dégradée, couverte de traces de radicelles, de minuscules traces noirâtres souvent installées dans de minuscules dépressions Cet état témoigne d’un traitement différent des cadavres. Malheureusement l’échantillon que représentent ces os n’est pas assez grand pour qu’on puisse se livrer à d’autres observations, telles que présence ou  non de traces de découpes ou de dégradations dues aux animaux.
  
Les objets métalliques sont seulement au nombre de 9. Parmi eux ne se trouvent que 5 armes dont deux incomplètes. Les trois objets entiers ( 2 fers de lance et 1 talon ) se trouvent à proximité immédiate de F 431. L’impression une fois encore se dégage qu’on a là un nouvel exemple de cette répartition centrifuge depuis le centre de l’enclos F 431. Les types de ces armes montrent, sans l’ombre d’un doute, qu’elles appartiennent au même ensemble que les armes de F 431. L’umbo est à coque arrondie haute avec ailette semi-circulaire, ce qui est le type majoritaire en F 431. Un fer de lance montre une faible nervure, ce qui est également une caractéristique des fers de lance de F 431. Le second fer présente les bords de la flamme repliés certainement sous l’action du feu, ce qui est également une autre caractéristique des objets métalliques de F 431. Enfin le talon est de type mixte avec les bords de la douille évasés, ce qui est aussi une particularité des talons de F 431.
  
La céramique est, de loin, la catégorie la mieux représentée. Le fossé a livré plus de 350 tessons, c’est-à-dire plus que toutes les US du fossé F 431 ( hormis 550 et 569 ). C’est exactement la même céramique que celle trouvée dans le fossé F 431 et dans quelques fosses. On retrouve presque tous les types de décor présents sur les tessons de ces structures : décor digité, à l’ongle, en pointes de diamant, décor au bâtonnet, peigné et surtout du type de “Kalenderberg”, tous caractéristiques d’une production septentrionale, datable de la fin du IVe siècle. Les types sont également les mêmes : les vases hauts et les situles sont omniprésents, au détriment des écuelles. Ces éléments indiquent avec certitude que la céramique de F 520 appartient à un ensemble qui s’est diffusé depuis l’espace cultuel ( autour de la fosse F 493 ) en direction de l’ouest. Cela suppose que l’enclos possédait une ouverture de ce côté, une porte qui se situait probablement au niveau des US 550 et 569.
   
Les vestiges de faune montrent le même phénomène, ils suggèrent cette circulation intense entre la fosse F 493 et l’extérieur de l’enclos F 431, avec des rejets importants dans la fosse, dans les deux US du fossé 550 et 560 et le fossé F 520.
  
Les silex retiennent également l’attention. Ils sont ici plus nombreux qu’ailleurs, au nombre de 242 blocs. La seule US du fossé qui donne un matériel presque aussi nombreux est l’US 550 qui a livré 168 blocs. Cette répartition très différentielle du silex sur l’ensemble du fossé de l’enclos F 431 et ses abords suggère évidemment la présence d’un empierrement le long du fossé F 520 jusqu’au niveau de l’US 550.
  
II.2.2. Fosses et trous de poteaux
  
Fig. 62 : Structures externes à F 431.
   
16 structures se trouvent dans l’angle formé par les deux enclos F 431 et F 520. Elles forment un ensemble homogène dans l’espace, très regroupées sur une quarantaine de m2. Néanmoins elles ne livrent pas à première vue un plan immédiatement lisible, de type bâtiment ou portique. Seul un alignement de 5 fosses ( F 585, 586, 587, 588 et 602 ), parallèle au fossé F 520 suscite l’attention. Il ne s’agit pas de trous de poteaux, comme l’indiquent très clairement les stratigraphies ( cf fig. 64 ). Ce ne sont pas non plus de petits silos. La fosse F 588 (  fig. 63 ) entièrement comblée d’un sédiment très cendreux est probablement une fosse de vidange pour des foyers qui se trouvaient à proximité. Il est difficile d’affirmer que les autres fosses aient connu la même fonction mais c’est fortement probable car d’autres fosses ( F 600 et 601 ) montrent également un remplissage assez cendreux.

Fig. 64 : Coupes des principales fosses externes.

La fosse F 609 qui se présente comme une vaste cuvette de 2m30 de diamètre a pu jouer un rôle fonctionnel, lors d’activités bouchères ou culinaires. La densité des fosses en cette zone pourrait s’expliquer par la préparation de repas au nord de l’enclos F 431. En tout cas, l’alignement sur un axe parallèle à celui du fossé F 520 des cinq fosses (F 585, 586, 587, 588 et 602) paraît bien confirmer la présence sur la bande formée par le fossé et l’alignement de fosses d’un chemin, sur lequel les fosses en question n’auraient pu s’installer.

Fig. 63 : Fosse F 588.

Fig. 65 : Fosse F 587.

   
II. 3. Le grand enclos trapézoïdal
  
C’est le nombre et l’importance des structures externes à l’enclos F 431 qui nous ont poussé à chercher la présence d’une nouvelle structure englobante qui pourrait, cette fois, délimiter complètement l’extension des gisements latèniens. Une section de fossé avait été découverte en 1994, à une quarantaine de m à l’est de l’enclos F 431. Elle avait livré plusieurs pièces métalliques latèniennes. Mais son tracé demeurait incertain. Nous avons donc pris la décision de rouvrir ce sondage et de l’agrandir, afin de connaître l’orientation de ce fossé et de mieux le documenter. Contrairement à toute attente, cette zone s’est révélée beaucoup mieux conservée que celle qui se trouve au sud et au sud-est de l’enclos F 431, très érodée. Ici les niveaux du Bas-Empire sont conservés et surtout le sol latènien, bien que remanié, est encore présent. Nous n’avons donc pu procéder à un grand décapage qui aurait ensuite nécessité une fouille trop longue et qui n’aurait pas permis de révéler le tracé du fossé sur une longueur suffisante. Nous avons pris le parti de faire cinq sondages afin de suivre le fossé qui justement dans ce secteur dessine un angle. Il est apparu très vite que cet enclos dessine un plan trapézoïdal et qu’il se trouve très exactement à l’emplacement du quadriportique dit de “l’esplanade”. De la même manière, nous sommes rendus compte assez vite que la branche orientale de cet enclos se trouve dans le prolongement exact d’une section de fossé, observée plus au nord, entre le “charnier” et la zone du grands puits. Ce fossé appelé F 30 est le prolongement de notre fossé F 614.
    
Fig. 66 : Plan d'ensemble des enclos gaulois.
Fig. 67 : Coupes des fossés F 612 à F 614.
     
II. 3. 1. Nature et fonction du fossé
  
Le fossé se présente sous deux formes. La première correspond à son état primitif, lequel se traduit par un remblai simple comprenant un matériel datant exclusivement du IIIè siècle av. J.-C. La deuxième, apparemment sur tout le tracé du côté oriental, est en fait une réutilisation tardive de l’époque augustéenne : le remplissage est plus hétérogène, le profil des parois est moins régulier et le matériel appartient aux deux époques, IIIè siècle et période augustéenne. C’est donc dans l’angle sud-est de l’enclos et sur son côté méridional qu’il faut observer le fossé pour analyser sa fonction première. On constate ( fig. 68 et 69 ) alors qu’il est très proche par la taille et par la section des fossés F 431 et 520. Ses dimensions maximales sont d’1m30 de largeur pour une profondeur similaire. La section est celle d’un V aigu, présentant un angle d’environ 65° et dont la pointe est occupée par une saignée à fond plat ou légèrement arrondie de 25 à 30 cm de largeur.

Fig. 68 : Fossé F 614.

  
Le remplissage de haut en bas est parfaitement homogène. C’est un sédiment de couleur brun gris, assez organique contenant beaucoup de charbons de bois. Dans ce sédiment se rencontrent, comme dans les deux autres fossés, des poches plus ou moins pur de limon. Ces dernières sont cependant moins nombreuses et moins évidentes à distinguer, à cause de la nature même du limon encaissant qui dans cette zone est beaucoup plus sableux et conserve par conséquent moins bien son homogénéité lors des recreusements et du transport. Dans ce remplissage le matériel archéologique se trouve à tous les niveaux sans situation privilégiée. Il s’agit très souvent de pièces volumineuses : os longs humains, épée, grands orles de boucliers, etc.
   
La fonction de ce fossé est assez évidente. Il n’est jamais demeuré ouvert mais dut servir, comme ses deux semblables, de tranchée de fondation de palissade. Son plan rectiligne ne permet pas la mise en évidence de sections pouvant correspondre à des sablières basses constituées de tronc d’arbre, comme on l’a proposé pour les deux autres fossés. Mais il est probable, puisque sa section est la même et qu’il leur est contemporain, qu’il dut recevoir le même aménagement. Les stratigraphies ne font pas apparaître de fantôme de poteau. Par ailleurs, la présence d’objets volumineux au fond de la saignée suggère que les poteaux n’étaient plus en place et que c’est justement leur arrachement qui a ouvert des cavités suffisamment larges pour les recevoir. La nature de ce matériel archéologique, souvent volumineux et fragile s’oppose à l’interprétation d’un dépôt accidentel d’objets soit accrochés à la palissade, soit posés sur le sol. Il faut supposer, au contraire, qu’on est allé chercher ces objets encore peu fragmentés ( boucliers notamment ) pour les déposer volontairement.
 

Fig. 69 : Coupe F 613.

       
     
II. 3. 2. Matériel archéologique découvert dans le fossé.
  
Les sections de fossé F 612, 613 et 614 n’ont pu être fouillées que sur une longueur de 12 m. Elles ont livré 48 pièces enregistrées, auxquelles s’ajoutent des tessons, quelques blocs de pierre et scories et une centaine d’os animaux. C’est donc un matériel relativement abondant qui place cet enclos dans la moyenne des US de F 431 et surtout de F 520. D’une manière générale, le matériel est assez similaire à celui des deux fossés. Mais dans le détail, les différences sont importantes. C’est tout d’abord la pauvreté du matériel céramique. C’est aussi la relative pauvreté des représentants de la faune. Seuls les os humains et le métal paraissent assez proches mais nous allons voir qu’en ce domaine il faut tempérer ces ressemblances.
   
Dix os humains ont été enregistrés, ce qui est évidemment trop peu pour permettre une analyse fiable. On remarquera néanmoins qu’il s’agit très exactement des mêmes types d’os que dans le fossé F 431, à savoir essentiellement des os longs ( 5 fémurs, 1 tibia et 1 humérus ) et des coxaux ( 2 ), auxquels s’ajoutent un fragment de calotte crânienne. Ces os sont souvent trop fragmentés ( coxaux notamment ) pour qu’on puisse observer le traitement qu’ils ont connu. On remarque cependant que l’état des corticales se présente sous deux formes : soit les os sont assez bien conservés et ressemblent assez à ceux de l’enclos circulaire, soit ils sont très corrodés et présentent un réseau dense de fissures plus ou moins profondes. Seule une récolte plus importante d’ossements, au cours de futurs sondages, permettra d’affirmer qu’on a là des os qui ont subi le même traitement que celui observé dans l’enclos circulaire.
    
Les pièces métalliques sont au nombre de 36. Au moins trois talons de lance et deux fragments d’umbos de bouclier montrent le même faciès que les armes du fossé F 431. Les autres pièces ne sont pas précisément classables dans des typologies. On est donc conduit à penser  que ces pièces d’armement ressortissent du même ensemble que l’échantillon de F 431. La représentation des différents éléments de l’équipement est cependant fort différente : ici les fers de lance ne dominent pas, on a au moins trois éléments d’épée, ce qui paraît beaucoup. Mais surtout on a toute une série d’objets qui ne se rencontrent ni dans le fossé F 431, ni ailleurs sur le site, dans le “charnier” par exemple. Ce sont au moins six grands orles de bouclier, de section épaisse et assorties de grosses pattes de fixation, spécimens très rares dans la littérature archéologique, c’est aussi une curieuse pièce qui pourrait également appartenir à un bouclier, un “couvre-spina”, pièce inédite, ce sont enfin six tiges plates souvent garnies de rivet et qui pourraient être des armatures de bouclier. A ces pièces s’ajoutent trois morceaux d’umbos. On a donc ici une surreprésentation des boucliers, qui plus est de boucliers qui paraissent assez archaïques.
  
L’état de ces pièces métalliques présente également des particularités très fortes. Leur corrosion y est très poussée. Souvent une gangue minérale très fine, de couleur jaune clair, les masque partiellement dont l’origine est mystérieuse. Il paraît assez évident que ces objets ont été exposés un assez long moment aux intempéries. Mais cette exposition ne suffit pas à expliquer leur état. Une humidité particulière, un traitement préalable ou la présence d’autres matériaux activant la corrosion ont forcément accru cette dégradation.
  
II .3. 3. Autres structures archéologiques.
  
Dans la zone de l’angle sud-est de l’enclos trapézoïdal, le sol ancien, de l’époque gauloise, subsiste encore sous une forme intrigante. Il est visible dans les stratigraphies et surtout dans la fouille il se révèle à travers le matériel qu’il livre. Cependant on constate très vite que ces objets ne se trouvent pas à la surface de ce sol, comme c’est le cas à l’intérieur et à la périphérie de l’enclos quadrangulaire, mais qu’ils se répartissent à différents niveaux, à des altitudes variant entre 10 et 15 cm, soit l’épaisseur du sol conservé. Ce phénomène avait déjà été observé à la périphérie orientale de l’enclos F 431. Il demeure très difficile à expliquer. A l’évidence, il ne s’agit pas d’un remblai car les objets qu’on y rencontrent sont trop volumineux et trop fragiles pour avoir pu être transportés. On a plutôt le sentiment d’une perturbation partielle du sol ancien sur lequel séjournaient des objets. Reste à savoir maintenant si cette perturbation est le résultat d’un acte volontaire ou de causes accidentelles ( développement d’un couvert forestier, puis pourrissement et arrachage des arbres par exemple ). Seule une étude pédologique permettra d’apporter des réponses.
  
Ainsi le long du côté méridional de l’enclos, dans ce sol, ont été rencontrées une lame de faux de plus de 40 cm de longueur et un fragment de calotte crânienne.
  
Un autre ensemble de structures est également intéressant. Ce sont des gros trous de poteaux ( P 616 et P 617 ), rencontrés sur le bord intérieur du côté méridional de l’enclos, parfaitement parallèles à celui-ci et distants de lui d’un m. Deux de ces poteaux ont pu être observés et fouillés dans un sondage ; deux ou trois autres ont été vus lors du décapage du dernier sondage mais n’ont pu être fouillés. Ce sont des trous assez volumineux, de 85 à 90 cm de   diamètre et d’une profondeur de 70 cm par rapport à la surface du sol ancien . Leur remplissage est tout à fait remarquable : il est constitué essentiellement de limon avec très peu de matière organique. Le matériel archéologique y est totalement absent. Le remplissage est donc totalement différent et certainement pas contemporain de celui du fossé dont les trous de poteau son proches. Les poteaux sont probablement demeurés en place dans leur fosse ; on ne constate, en effet, aucune trace d’arrachage. Mais l’absence de tout matériel suppose que leur creusement ne peut être qu’ancien, en tout cas antérieur aux dépôts d’objets sur le sol. Ici la documentation est insuffisante pour qu’on puisse proposer une quelconque interprétation fonctionnelle et chronologique.